Le francium est un élément chimique de numéro atomique 87 connu pendant un temps sous les noms de eka-césium ou actinium K. C'est un métal alcalin radioactif de masse atomique 233 et de symbole Fr.
C'est le second Ă©lĂ©ment le plus rare, aprĂšs lâastate : il n'en existerait qu'une trentaine de grammes dans la croĂ»te terrestre.
Cette raretĂ© est due Ă son existence transitoire, en tant que produit de dĂ©sintĂ©gration de l'actinium. La demi-vie de l'isotope le plus stable 223Fr est de 23 minutes, puis il se transforme lui-mĂȘme en radium par dĂ©sintĂ©gration bĂȘta ou en astate par rayonnement alpha.
Et c'est cette double radioactivitĂ© qui rend l'astate encore plus rare que le francium, mĂȘme si l'astate a une demi-vie supĂ©rieure Ă celle du francium (8,1 h > 22 min).
Le francium a été découvert en 1939 à l'Institut Curie de Paris par Marguerite Perey, en purifiant du lanthane contenant de l'actinium. Il s'agit du dernier élément découvert dans la nature et non synthétisé (certains éléments tels le technétium ont été découverts dans la nature aprÚs avoir été synthétisés en laboratoire).
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modifier Histoire
DÚs les années 1870, la communauté des chimistes pensait qu'il devait exister un métal de type alcalin de numéro atomique 871, en dessous du césium dans la classification périodique. Il était alors connu sous le nom provisoire eka-césium2. Les équipes de chercheurs essayaient de découvrir et d'isoler cet élément manquant. Au moins quatre annonces prématurées de sa découverte furent faites avant qu'il soit effectivement découvert.
modifier Découvertes erronées ou incomplÚtes
Le premier scientifique Ă annoncer avoir dĂ©couvert lâeka-cĂ©sium fut le chimiste russe D. K. Dobroserdov. En 1925, celui-ci observa des traces de radioactivitĂ© dans un Ă©chantillon de potassium (un autre mĂ©tal alcalin), et en conclut Ă une contamination de l'Ă©chantillon par l'eka-cĂ©sium3. Il publia alors une thĂšse au sujet de ses prĂ©dictions des propriĂ©tĂ©s de cet Ă©lĂ©ment, dans laquelle il le baptisa russium, du nom de son pays4. Peu aprĂšs, Dobroserdov commença Ă se concentrer sur sa carriĂšre d'enseignement Ă l'Institut Polytechnique d'Odessa et ne poursuivit pas ses travaux plus avant3.
L'année suivante, les chimistes anglais Gerald J. F. Druce et Frederick H. Loring analysÚrent des clichés de Rayons-X du sulfate de manganÚse4. Ils remarquÚrent des raies spectrales qu'ils attribuÚrent à l'eka-césium. Ils annoncÚrent alors leur découverte de l'élément 87 pour lequel ils proposÚrent le nom alkalinium, puisque cet élément serait le plus lourd des métaux alcalins3.
En 1930, le professeur Fred Allison, de l'Institut Polytechnique de l'Alabama, annonça la découverte de l'élément 87 aprÚs l'étude de l'effet magnéto-optique d'échantillons de pollucite et de lépidolite. Allison demanda à ce que l'élément soit baptisé virginium, du nom de son état de naissance, et proposa pour symbole Vi et Vm4,5. Cependant en 1934, le professeur MacPherson, de l'Université de Californie, montra que cette découverte était erronée et liée à des problÚmes d'appareillage6.
En 1936, le chimiste roumain Horia Hulubei et sa collĂšgue française Yvette Cauchois Ă©tudiĂšrent Ă©galement la pollucite, cette fois en utilisant un appareil de spectroscopie de rayons-X haute rĂ©solution3. Ils observĂšrent plusieurs raies d'Ă©mission de faibles intensitĂ©s qu'ils attribuĂšrent Ă l'Ă©lĂ©ment 87. Hulubei et Cauchois publiĂšrent leur dĂ©couverte et proposĂšrent de baptiser l'Ă©lĂ©ment moldavium, avec pour symbole Ml, du nom de la Moldavie, province oĂč ils effectuaient leurs recherches4. En 1937, ces travaux furent critiquĂ©s par le physicien amĂ©ricain F. H. Hirsh Jr. qui rejeta les mĂ©thodes d'Hulubei. Hirsh Ă©tait certain que l'eka-cĂ©sium n'existait pas dans la nature et qu'Hulubei avait en rĂ©alitĂ© observĂ© les raies spectrales du mercure ou du bismuth. Hulubei lui rĂ©pondit que ses Ă©quipements et ses mĂ©thodes Ă©taient trop prĂ©cis pour une telle erreur. De ce fait, Jean Baptiste Perrin, laurĂ©at du prix Nobel de physique et mentor d'Hulubei, soutint le moldavium en tant que vĂ©ritable eka-cĂ©sium en dĂ©pit de la dĂ©couverte du francium par Marguerite Perey. Perey continua de rĂ©futer les travaux d'Hulubei jusqu'au moment oĂč la dĂ©couverte de l'Ă©lĂ©ment 87 lui fut attribuĂ©e Ă elle seule3.
modifier Les travaux de Perey
L'eka-cĂ©sium fut vĂ©ritablement dĂ©couvert en 1939 par Marguerite Perey Ă l'Institut Curie Ă Paris. Elle travaillait alors Ă la purification d'un Ă©chantillon d'actinium-227, Ă©lĂ©ment se dĂ©sintĂ©grant avec une Ă©nergie de dĂ©sintĂ©gration de 220 keV. Cependant, elle remarqua Ă©galement des particules Ă©mises avec une Ă©nergie bien infĂ©rieure Ă 80 keV. Perey pensa que cette dĂ©croissance radioactive pouvait ĂȘtre due Ă la prĂ©sence d'un produit de dĂ©sintĂ©gration non identifiĂ©, produit qui serait Ă©liminĂ© durant la purification mais qui rĂ©apparaĂźtrait du fait de la dĂ©sintĂ©gration de noyaux d'actinium. Des tests permirent d'Ă©liminer la possibilitĂ© de prĂ©sence de thorium, de radium, de plomb, de bismuth ou de thallium. Les propriĂ©tĂ©s chimiques du nouveau produit Ă©taient celles d'un mĂ©tal alcalin (par exemple la co-prĂ©cipitation avec des sels de cĂ©sium), ce qui conduit Perey Ă penser qu'il s'agissait de l'Ă©lĂ©ment 87, apparu suite Ă la dĂ©sintĂ©gration de type α de l'actinium 2272. Perey tenta alors de dĂ©terminer la proportion des dĂ©sintĂ©grations alpha et bĂ©ta pour l'actinium 227. Ses premiers tests lui permirent d'estimer la proportion de dĂ©sintĂ©gration alpha Ă 0,6 %, valeur qu'elle rĂ©visa plus tard Ă 1 %7.
Perey baptisa le nouvel isotope actinium-K, connu Ă l'heure actuelle sous le nom de francium-2232, et en 1946 elle proposa de baptiser catium le nouvel Ă©lĂ©ment. Elle pensait en effet qu'il s'agissait de l'Ă©lĂ©ment de plus Ă©lectropositif de la classification pĂ©riodique. L'une des supĂ©rieures de Perey, IrĂšne Joliot-Curie, s'opposa Ă ce nom, car il semblait plus Ă l'oreille avoir pour origine chat que cation (en anglais cat signifie chat)2. Perey proposa alors francium, en hommage au pays dans lequel avait eu lieu la dĂ©couverte. Ce nom fut adoptĂ© officiellement par l'Union Internationale des Chimistes en 1949 et reçut pour symbole Fa, symbole changĂ© peu aprĂšs en Fr8. Le francium fut le dernier Ă©lĂ©ment existant Ă l'Ă©tat naturel Ă ĂȘtre dĂ©couvert, aprĂšs le rhĂ©nium en 19252. Parmi les travaux de recherche concernant le francium qui furent menĂ©s depuis, on peut citer notamment ceux conduits par Sylvain Lieberman et son Ă©quipe au CERN dans les annĂ©es 1970 et annĂ©es 19809.
modifier Propriétés
Le francium est le moins stable des éléments plus légers que le nobélium (numéro atomique 102)10. Son isotope le plus stable, le francium 223, possÚde une demi-vie inférieure à 22 minutes. à titre de comparaison le deuxiÚme élément le moins stable, l'astate, possÚde une demi-vie pour l'isotope le plus stable inférieure à 8,5 heures1. Tous les isotopes du francium se désintÚgrent en formant de l'astate, du radium ou du radon1.
Le francium est un alcalin dont les propriĂ©tĂ©s chimiques se rapprochent de celles du cĂ©sium10. Ătant un Ă©lĂ©ment lourd avec un seul Ă©lectron de valence11, il est l'Ă©lĂ©ment possĂ©dant la masse Ă©quivalente la plus grande10. De mĂȘme, il est l'Ă©lĂ©ment connu possĂ©dant l'Ă©lectronĂ©gativitĂ© la plus faible, 0,7 sur l'Ă©chelle de Pauling12 (le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment le moins Ă©lectronĂ©gatif est le cĂ©sium, 0,79 sur l'Ă©chelle de Pauling13). Si du francium liquide pouvait ĂȘtre obtenu, il aurait une tension de surface de 0,05092 Jâm-2 Ă sa tempĂ©rature de fusion14, ce qui est relativement faible.
Le francium coprĂ©cipite avec plusieurs sels de cĂ©sium, comme le perchlorate de cĂ©sium avec lequel il forme de faibles quantitĂ©s de perchlorate de francium. La coprĂ©cipitation peut ĂȘtre utilisĂ©e pour isoler le francium, en adaptant la mĂ©thode de coprĂ©cipitation du cĂ©sium de Glendenin et Nelson. Il prĂ©cipite notamment avec des sels de cĂ©sium dont l'iodate, le picrate, le tartrate (il prĂ©cipite Ă©galement avec le tartrate de rubidium), le chloroplatinate, et le silicotungstate. Il prĂ©cipite Ă©galement avec l'acide silicotungstique et l'acide perchlorique, ce qui rend possible d'autres techniques de sĂ©paration15,16. La plupart des sels de francium sont solubles dans l'eau17.
modifier Applications
Du fait de son caractĂšre instable et de sa raretĂ©, il n'y a pas d'application commerciale du francium18,19,20,21,22. Il n'est utilisĂ© que dans la recherche, Ă la fois dans le domaine de la biologie et de celui de la physique atomique. Il a Ă©tĂ© imaginĂ© qu'il puisse ĂȘtre une aide pour le diagnostic de maladies cancĂ©reuses1, mais cette application s'est rĂ©vĂ©lĂ©e impossible20.
La capacitĂ© du francium Ă ĂȘtre synthĂ©tisĂ©, confinĂ© et refroidi, alliĂ©e Ă sa structure atomique relativement simple, en ont fait un objet d'Ă©tudes pour des expĂ©riences de spectroscopie. Ces expĂ©riences ont conduit Ă la dĂ©couverte d'informations concernant les niveaux d'Ă©nergie et les constantes de couplage entre particules sub-atomiques23. L'Ă©tude des rayonnements Ă©mis par des ions de francium-210 confinĂ©s par laser a permis d'obtenir des donnĂ©es prĂ©cises quant aux transitions entre niveaux d'Ă©nergie atomiques. Les rĂ©sultats expĂ©rimentaux sont proches de ceux prĂ©dits par la physique quantique24.
modifier Abondance
modifier Naturelle
Le francium est le produit de la désintégration de type alpha de l'actinium 227 et existe à l'état de traces dans les minerais d'uranium et de thorium10. Dans un échantillon donné d'uranium, la quantité de francium présente est estimée à un atome pour 1018 atomes d'uranium20. Par ailleurs, des calculs montrent qu'il n'y aurait en permanence qu'au plus 30 g de francium dans la croûte terrestre25. à ce titre, il s'agit du deuxiÚme élément le plus rare dans la croûte terrestre aprÚs l'astate1,20.
modifier SynthĂšse
Le francium peut ĂȘtre synthĂ©tisĂ© par la rĂ©action nuclĂ©aire 197Au + 18O â 210Fr + 5n. Ce procĂ©dĂ© de synthĂšse, dĂ©veloppĂ© Ă l'UniversitĂ© d'Ătat de New York, permet d'obtenir les isotopes de masses atomiques 209, 210 et 21126, qui peuvent ĂȘtre ensuite isolĂ©s en exploitant un effet magnĂ©to-optique27. Parmi les autres mĂ©thodes de synthĂšse figurent notamment le bombardement d'atomes de radium par des neutrons ou celui d'atomes de thorium par des protons, ou du deutĂ©rium ou de l'hĂ©lium ionisĂ©7. Ă l'heure actuelle, il n'a jamais Ă©tĂ© produit en quantitĂ© importante10,1,20,28.
modifier Voir aussi
modifier Articles connexes
modifier Liens externes
- (en) WebElements.com - Francium
- (en) Los Alamos National Laboratory - Francium
- (en) Stony Brook University Physics Dept.
modifier Références
- Les données du tableau sont issues du site de la Faculté de chimie et technologie de Split (Coatie).
(en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu dâune traduction de lâarticle en anglais intitulĂ© « Francium ».
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